Équithérapie et traumatisme : une approche complémentaire

Publié le | Stéphane Saison

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Après un traumatisme, tout ne se dit pas toujours avec des mots. Certaines traces restent présentes dans le corps, dans la manière d’entrer en relation avec les autres, dans le besoin de garder le contrôle ou dans la difficulté à retrouver un véritable sentiment de sécurité.

L’équithérapie ouvre une autre voie, en s’appuyant sur la relation au cheval et sur ce qui se joue dans l’instant. Elle invite à observer la manière dont on appréhende l’animal, les réactions qu’il suscite, les ajustements de posture qu’il amène ou, tout simplement, la capacité à le laisser venir à soi.

L’équithérapie, qu’est ce que c’est ?

L’équithérapie est une approche thérapeutique psycho-corporelle qui s’appuie sur la relation avec le cheval. Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, elle ne consiste pas à apprendre à monter à cheval.  Le travail peut passer par l’observation de l’animal, la marche à ses côtés, le contact ou simplement le fait de rester en sa présence. Une séance peut ainsi se dérouler entièrement à pied.

Chaque situation devient alors une expérience à part entière. Il n’y a pas de performance à atteindre, ni de compétence équestre à acquérir.

Animal de proie, le cheval est particulièrement attentif à son environnement et aux signaux de ceux qui l’entourent. Des recherches montrent qu’il est sensible à différents indices émotionnels chez l’humain et que ceux-ci peuvent influencer son comportement. Sa manière de réagir peut ainsi rendre plus perceptibles certaines attitudes ou tensions dans la relation. Sans jugement ni attente particulière, sa présence offre un espace différent, où la communication passe aussi largement par le corps.

Le cheval devient alors un partenaire privilégié, au coeur d’une relation qui soutient le travail thérapeutique.

Quand le rapport au contrôle est bousculé

Pour un sapeur-pompier, un policier, un militaire, un soignant ou tout autre primo-intervenant, le contrôle peut être une compétence essentielle.

Analyser, anticiper, décider rapidement, continuer à agir sont des capacités indispensables à ces professionnels de l’urgence sur le terrain lorsque la situation devient chaotique. Mais après certaines expériences difficiles ou traumatiques, ce besoin de garder le contrôle peut parfois se prolonger bien au-delà de l’intervention.

Face au cheval, ce rapport au contrôle se trouve modifié. Il faut alors composer avec un animal imposant, dont les réactions ne peuvent être totalement anticipées.

Le corps prend lui aussi une place importante dans cette expérience. La manière d’appréhender l’animal, de réagir à ses mouvements, de s’adapter à sa présence ou de laisser évoluer la relation peut devenir un point de départ pour observer et ressentir ce qui se passe en soi. Un mouvement, une hésitation, une distance prise ou au contraire l’envie de se rapprocher peuvent ainsi être simplement remarqués, sans chercher immédiatement à leur donner une signification.

Le cheval ne donne pas la réponse, mais il crée une situation dans laquelle certaines réactions, parfois difficiles à faire émerger uniquement par les mots, peuvent devenir plus visibles. Elles peuvent alors être vécues dans l’instant, observées, puis travaillées.

Une approche complémentaire autour du traumatisme

Les interventions assistées par le cheval font aujourd’hui l’objet de recherches dans le champ du stress post-traumatique et les résultats disponibles sont encourageants, même si les études restent encore peu nombreuses.

L’équithérapie ne doit pas être considérée comme une solution miracle. Elle peut en revanche constituer une approche complémentaire intéressante, notamment dans le travail autour du corps, de la relation, de la confiance et du sentiment de sécurité. Son intérêt réside aussi dans cette possibilité de proposer une expérience différente, qui ne repose pas uniquement sur l’échange verbal. Elle vient ainsi enrichir ce qui peut être abordé par d’autres formes d’accompagnement.

Pour les personnes qui souhaitent découvrir cette approche ou rechercher un professionnel près de chez elles, la Société Française d’Équithérapie et le Syndicat Interprofessionnel des Praticiens de la Médiation Équine proposent également des annuaires permettant d’identifier des praticiens et des structures sur le territoire.

Une expérience inscrite dans la durée

Stéphane Saison, Président de l’association APTE, a récemment débuté un travail en équithérapie, appelé à s’inscrire dans le temps. Jusqu’alors peu familier des chevaux, ces premières séances lui permettent de découvrir l’animal, mais aussi la manière dont une relation peut peu à peu se construire avec lui.

Avec Ñusta (qui veut dire princesse en péruvien), la jument qui l’accompagne dans ce travail, les premiers repères commencent à s’installer. Après deux séances, une confiance mutuelle semble déjà émerger, laissant davantage de place au contact, à l’observation et à ce qui peut se jouer dans la rencontre.

Il est bien sûr trop tôt pour en tirer des conclusions. L’intérêt est plutôt de suivre, au fil des séances, ce que peut faire évoluer et la place qu’elle pourra progressivement prendre dans un accompagnement plus global.

Une place dans le futur centre APTE

C’est aussi dans cette logique que l’équithérapie fera partie des approches thérapeutiques proposées au sein du futur centre APTE, dans un accompagnement pensé autour du bien-être et de la santé mentale des primo-intervenants et de leurs familles.

Elle ne remplace pas un suivi psychologique classique, mais propose un autre point d’entrée, par le corps et par la relation avec le cheval, là où les mots seuls ne suffisent pas toujours.

Pour des professionnels habitués à agir, anticiper et garder le contrôle en toutes circonstances, cette expérience peut permettre d’explorer une autre manière d’entrer en relation avec soi-même et avec l’autre.

C’est cette diversité d’approches que l’association APTE souhaite mettre à disposition, pour que chacun trouve le chemin qui lui correspond.

 

 

 

 

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